[Voix off] [Ecran intro] Hors série, les dossiers BFM Business. En quête d'IA, ces dirigeants qui déploient l'IA en confiance. Avec Frédéric Simotel.
[Frédéric Simottel]
Bienvenue dans notre émission Enquête d'IA, ces dirigeants qui déploient l'IA en confiance avec notre partenaire Sopra Steria Next.
On va parler de l'implémentation de l'IA générative, de l'IA de confiance au sein des entreprises. Et justement, on va s'intéresser à l'IA au sein de FDJ United, qui s'appelle FDJ United, mais vous devez connaître ce nom, c'est la Française des jeux, tout simplement, mais qui... aujourd'hui agit au niveau international, présent dans 10 pays, et avec un regard plus particulier sur la partie refonte de l'expérience client.
On va en parler avec nos deux invités, Sébastien Rosanès, bonjour.
[Sébastien Rosanès]
Bonjour.
[Frédéric Simottel]
Sébastien, merci d'être avec nous, directeur digital data et IA chez FDJ United, et Fabrice Asvazadourian bonjour Fabrice.
[Fabrice Asvazadourian]
Bonjour Frédéric.
[Barre Info : FDJ United : L'IA pour un jeu plus sûr]
[Frédéric Simottel]
Directeur général du cabinet de conseil Sopra Steria Next. Alors Sébastien, j'ai démarré avec vous, alors FDJ United, j'allais dire c'est chaque jour, donc c'est chaque année, enfin sur un an, c'est 33 millions de... de joueurs, je pense qu'on en fait tous plus ou moins partie, peut-être certains régulièrement, d'autres quand il y a des grosses cagnottes.
Vous utilisez l'IA dans votre organisation, on va en reparler juste après, mais vous l'utilisez déjà dans la lutte contre la fraude, dans l'expérience client, et tout ce que vous appelez le jeu responsable, c'est ça ?
[Sébastien Rosanès]
Absolument. En fait, l'IA, c'est un élément clé de notre stratégie pour pouvoir faire de la croissance pérenne, évidemment.
On l'utilise pour le marketing, le ciblage, pour la meilleure connaissance client, pour optimiser la création de nos jeux.
Et là, on est en train même de réfléchir à comment l'IA peut nous aider à concevoir de nouveaux jeux, à imaginer de nouveaux jeux.
On s'en sert évidemment pour d'ailleurs aussi protéger le joueur. Le jeu, il y a des phénomènes addictifs. Et donc l'IA permet d'être beaucoup plus précis dans la détection, dans la prise de décisions, d'arrêt de jeu ou d'accompagner les joueurs.
[Frédéric Simottel]
Et juste pas regarder la date de naissance pour savoir s'il y a plus ou moins 18 ans.
[Sébastien Rosanès]
Exactement, ça c'est un prérequis pour pouvoir jouer. Mais après, au-delà de ça, c'est sur le nombre de parties, les mises engagées, etc.
Et l'IA est là pour faire de la détection et même trouver un peu des remèdes ou des moyens qui vont être un peu plus personnalisés que juste d'envoyer une sorte de mécanique standard.
Et derrière... C'est l'humain aussi qui vient derrière en suppléer un peu l'IA pour avoir ce dialogue, cet échange.
[Infographie : FDJ United
• + de 5 000 collaborateurs
• Présence dans plus de 10 pays
• 33 millions de joueurs
• 3 Mds€ de CA en 2024
• Le digital représente 30% de l'activité]
On fait régulièrement des milliers d'appels auprès de certains de nos joueurs qui sont des joueurs en ligne avec lesquels on a une relation sur des mois ou des années.
Et c'est important pour nous de pouvoir avoir une détection avec des faits qui sont remontés par l'IA.
[Frédéric Simottel]
Et puis, il faut dire, c'est ça qui est paradoxal. Le but, c'est que les gens jouent, mais qu'ils ne jouent pas trop non plus parce que justement, il y a ce côté addictif et vous êtes bien conscient et vous lancez bien les bonnes alertes, tout ça, et vous vous servez de l'IA.
Alors justement, cette relation client, cette personnalisation, client figure parmi les premières applications de l'IA qui connaissent un succès.
C'est ce qu'on voit à peu près dans tous les secteurs.
[Barre Info : La personnalisation client, clé du succès IA]
[Fabrice Asvazadourian]
On le voit beaucoup et je trouve que on le voit beaucoup sur ce qui concerne la fraude, le risque, l'accompagnement des clients dans une approche responsable.
Et moi, je crois beaucoup que pour les entreprises, ceux qui maximiseront à court terme ce que l'IA peut leur apporter en termes de revenus nationaux pourraient le payer très cher en termes d'IA non responsable.
Je trouve qu'en ce sens-là, l'initiative de FDJ United est tout à fait notable. C'est un enjeu. Et on voit bien que nos clients, ils hésitent aujourd'hui entre l'ultra-personnalisation que permet l'IA, mais avec la question de la qualité de la data, parce que c'est bien d'ultra-personnaliser à condition que ce que vous fassiez soit basé sur des données qui soient justes, parce que sinon vous risquez quand même de générer une fausse personnalisation qui est très vite très mal ressentie par le client.
Et de l'autre côté, on voit bien tout ce qu'apporte la personnalisation pour pouvoir accompagner, faire mieux vivre dans la durée, fidéliser des bons clients.
[Frédéric Simottel]
Sébastien, est-ce que vous pourriez nous expliquer justement à FDJ United ce qu'applique cette intégration de l'IA ?
Alors, à la fois en termes d'organisation de vos équipes Data IA que vous dirigez, et puis comment ça s'implémente aussi au niveau de votre infrastructure, sachant que vous avez fait le choix d'une infrastructure Cloud First.
[Barre Info : Un impact fort sur les équipes data & IA]
[Sébastien Rosanès]
Absolument. Les deux sont liés. Le premier, c'est déjà de se dire que pour pouvoir mettre de l'IA à grande échelle, il faut pouvoir avoir des équipes qui sont beaucoup plus autonomes, qui ont à la fois une réflexion stratégique sur ce que je veux faire de mon produit IA, mais également de développer, mais ensuite de l'opérer.
Donc, pour faire ça, notre organisation on rapproche l'ensemble de ses compétences là dans la même unité, donc sous ma direction, avec comme objectif de pouvoir donner de l'autonomie à cette équipe-là.
C'est ce qu'on appelle des squads. Et c'est un peu la recette qui a été impliquée par les boîtes de la tech type Amazon ou Google pendant des années et qui maintenant vient percoler dans les grandes organisations comme FDJ United.
Et une fois qu'on a dit ça, c'est bien d'avoir de l'organisation, mais il faut aussi avoir les outils à disposition qui sont malléables et qui peuvent aller dans un mode de travail plus autonome.
C'est là que le cloud est vraiment intéressant, parce que le cloud permet de donner à ses équipes les outils qui leurs permettent de prendre leur production, de la mettre dans un environnement de développement, puis de la tester, puis de la mettre en production jusqu'à que ce soit face au client ou face à un marchand, par exemple, pour nous.
[Frédéric Simottel]
Et du coup, qu'apporte le cloud, justement, le fait d'être en cloud first ?
[Sébastien Rosanès]
Ça leur permet à nos équipes d'avoir la main directement sur l'application et pouvoir la pousser directement dans l'environnement cloud.
Ça permet aussi de bénéficier de l'ensemble des dernières innovations de l'IA. Et évidemment, s'affranchir parfois l'inertie de la plupart des directions informatiques qui ont des grands projets à gérer, qui ont des contraintes et qui ne peuvent pas pivoter et implémenter le dernier algorithme d'IA quand il sort en plein milieu de l'été.
Par exemple, on a eu le cas de GPT-5 cet été. Un très bon exemple, c'est Copilot, Microsoft Copilot, qui est l'outil d'IA générative de Microsoft qui est attaché à Word, Excel, PowerPoint et Teams. Quand le modèle est sorti cet été, quelques jours plus tard, il a été disponible via le cloud pour l'ensemble des collaborateurs d'FDJ United sans la moindre intervention de l'équipe informatique.
Et ça, c'est une révolution parce que dans le domaine de l'IA, vu que tous les 2-3 mois, on a une sorte d'innovation majeure qui arrive, qui vient rebattre les cartes de ce qu'on avait imaginé, se pouvoir avoir les meilleurs outils au moment où ils sortent à disposition des équipes, c'est transformant.
[Frédéric Simottel]
Moi, c'est ça qui me fascine dans ce métier de DSI aujourd'hui. Je me demande comment on fait quand on a cette innovation, c'est ça, tous les deux, trois mois, alors qu'avant, on avait des cycles beaucoup plus longs.
Et là, aujourd'hui, avec cette IA qui se renouvelle sans cesse. Fabrice, justement, ici, on a vraiment, avec l'exemple de FDJ United, une réflexion aboutie entre l'équilibre, entre l'organisation de l'équipe Data-IA et puis, voilà comment ils vont travailler avec leur infrastructure.
Parce que parfois, c'est un peu dissocié.
[Fabrice Asvazadourian]
Oui, je pense que chez beaucoup de nos clients, l'aspect organisationnel a été bien couvert et avec beaucoup de réflexions dessus.
C'est vrai que fondamentalement, nous, on est des industriels de la technologie. Donc, il faut penser à l'industriel. Il n'existe des choses que si les meilleures idées dépassent le POC pour aller dans la vraie vie.
Et je pense que c'est ces réflexions-là sur les investissements absolument nécessaires sur la plateforme data, sur le cloud pour aller faire de l'IA qui permettent de penser industriel et pas penser laboratoire.
Et je pense que c'est quand même là où sont beaucoup de nos clients, à ce moment où il y a une frustration sur le mode laboratoire, après l'excitation de la nouveauté, et se posent des questions d'industrialisation, au sens noble du terme.
Quand on est des grands groupes qui avons 33 millions de clients, on s'en prend FDJ United, quelque chose qui arrive à 50 clients, ça ne sert à rien.
Il faut que ça arrive à 33 millions de clients. Et donc c'est ça tout l'enjeu aujourd'hui qu'on trouve. Et d'où les investissements et les projets autour des sujets d'infrastructure, au-delà de l'organisation et de la gouvernance, du mode digital produit qu'on a vu se répandre avec plus ou moins de facilité.
[Barre Info : Industrialiser et acculturer, les clés]
[Frédéric Simottel]
Il faut bien trouver ce juste équilibre. Alors Sébastien, on parlait d'industrialisation, de passage à l'échelle. Il ne s'agit pas juste de prendre un petit projet et de le gonfler.
C'est vraiment un vrai passage à l'échelle qui est complexe. Et on voit que la réussite des projets IA, c'est souvent ça. C'est une industrialisation, un passage à l'échelle qui est maîtrisée.
Et de l'autre, une acculturation des collaborateurs. Et justement, ma question, c'était de savoir, qu'est-ce que vous avez mis en place pour que tout ça soit bien accueilli ?
Parce qu'on transforme les métiers. Je ne parle même pas de toutes les études qui nous disent, voilà, on va supprimer les emplois et tout ça.
Donc, il faut quand même que les gens, il faut les embarquer, il faut les engager dans tout ça.
[Sébastien Rosanès]
Absolument. D'ailleurs, moi, ma vue, c'est que l'IA, c'est surtout plus d'humain.
Parce qu'en fait, l'IA vient prendre des tâches qui sont souvent des tâches un peu répétitives. Et dans les entreprises, ça va forcer aussi nos métiers à se tourner vers des tâches plus humaines, à passer plus de temps avec des clients, à passer plus de temps avec des collaborateurs plutôt que sur des tâches de back-office.
Et donc, du coup, il faut former, acculturer nos collaborateurs. On a construit une Data and AI Academy, donc une académie de formation à Data and AI qui a deux objectifs.
Le premier, c'est de former nos collaborateurs dans nos métiers à utiliser l'IA au quotidien. Donc, que ce soit utiliser Copilot, ça paraît assez basique, mais pour autant, savoir prompter correctement, c'est quand même une compétence qu'il faut pouvoir développer.
[Frédéric Simottel]
Même qu'ils en prennent l'habitude.
[Sébastien Rosanès]
Exactement, ça devient un réflexe. Donc là, ça demande une formation des collaborateurs. L'idée, c'est d'acculturer 100% de nos collaborateurs à l'IA et qui ont des compétences de base, mais aussi de former des personnes dans nos métiers qui sont des data analysts capables d'utiliser la donnée et d'utiliser l'IA dans leur métier au quotidien.
Et d'ailleurs, moi, je suis convaincu que ce métier de data analyst, il est en train de dérouler massivement.
Avant, c'était un métier en tant que tel. Maintenant, ça va devenir une vraie compétence dans tous les métiers. Donc, je suis au marketing. Je suis aussi data analyst. Je suis au RH, je m'occupe des données d'employés.
Et je suis aussi data analyst. Donc, tous les métiers percolent des compétences data dans leurs compétences. Et ça se traduit aussi par du recrutement. Dans le recrutement, un exemple qu'on a fait cette année, c'est qu'on a lancé un programme graduate pour prendre des collaborateurs qui sortent d'école, les former chez nous, les faire tourner dans différentes directions pour qu'ils voient l'ensemble des compétences nécessaires pour un produit IA.
Qu'ils développent des réflexes d'ingénieurs data, des réflexes de data scientists, etc. Et derrière, pouvoir intégrer des équipes avec la vue 360.
Et ça, ça veut dire qu'il faut former nos collaborateurs Data IA. C'est le deuxième objectif aussi de la Data and AI Academy, c'est que ces personnes-là qui livrent l'IA au quotidien, qui construisent des algorithmes, doivent monter en compétence.
Dans un exemple, il y a dix ans, FDJ recrutait des statisticiens. Le statisticien d'aujourd'hui, il est plutôt data scientist, on ne parle plus de statisticien.
Et les compétences sont un petit peu différentes. Comment on prend ces statisticiens qu'on a embauchés il y a 10 ans, comment on les emmène dans le monde de l'IA et qu'ils deviennent compétents sur cette technologie du futur ?
[Barre Info : IA : Comment embarquer les équipes]
[Frédéric Simottel]
Et comment faire pour que tout ça soit bien accueilli ? Parce que d'accord, il y a cette formation, cette acculturation, mais est-ce que vous avez un petit conseil, une bonne pratique ?
[Sébastien Rosanès]
L'accueil, ça se passe par la compréhension et de se dire finalement mon emploi ne va pas être remplacé, il va être augmenté.
Et d'ailleurs, mon emploi, si je l'adopte, je vais pouvoir faire des choses plus intéressantes, à plus forte valeur ajoutée.
Donc, on fait une analyse assez fine au niveau de chacun des métiers pour imaginer l'emploi du futur, comment il va se transformer et dire aux collaborateurs, on n'est pas là pour remplacer les personnes, on est là pour remplacer les activités et vous emmener vers un métier augmenté par l'IA.
D'ailleurs, moi, je suis assez convaincu que que l'IA remplacera zéro collaborateur, mais les collaborateurs qui ont les compétences IA remplaceront ceux qui ne voudront pas ou ne pourront pas prendre l'IA sous leur aile.
[Frédéric Simottel]
En fait, c'est ce qu'on voit à Fabrice. Il faut faire une sorte de cartographie pour chacun de ces tâches, voire celles qui pourront accélérées par l'IA.
Et puis, c'est là où on oriente un peu les collaborateurs. Parce que ce côté embarquement, engagement des collaborateurs, c'est le point clé.
[Fabrice Asvazadourian]
C'est le point clé. D'abord, je pense qu'il faut que chaque dirigeant dise bien que lui il ne laissera pas de côté des collaborateurs, qu'il va les embarquer, que c'est de sa responsabilité d'entrepreneur, de dirigeant, d'embarquer ses collaborateurs dans cette transformation.
On en a déjà connu d'autres précédemment. Donc celle-là, elle va être comme les autres. Après, je pense qu'on commence à avoir des bases de connaissances qui sont quand même assez denses par compétence. à quelle vitesse et à quelle proportion l'IA va venir aider. Donc, on peut commencer à intégrer dans la gestion prévisionnelle des compétences et des emplois.
On peut intégrer totalement comment l'IA va transformer les trajectoires et donc commencer à gérer.
Je pense que le sujet, c'est de l'anticiper pour pouvoir bien le gérer. C'est la bonne façon de faire.
[Frédéric Simottel]
Et bien ce sera le mot de la fin. Merci à tous les deux. Sébastien Rozanes, directeur digital Data et IA chez FDJ United et Fabrice Asvazadourian directeur général du cabinet de conseil Sopra Steria Next. A très bientôt pour un nouveau programme En quête d'IA, ces dirigeants qui déploient l'IA en toute confiance.
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