Public, privé, on-premise, souverain : comment arbitrer sa trajectoire SAP en 2026

par Vianney LE BLAN - Directeur Offres SAP
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Cloud public, privé, souverain ou on-premise : comment arbitrer sa trajectoire SAP en 2026 

Par Vianney LE BLAN, Directeur des Offres SAP, Sopra Steria 

L’échéance de 2027 approche et remet la même question sur la table de centaines de comités de direction : quel modèle d’hébergement choisir pour notre migration SAP S/4HANA ? Cloud public, cloud privé, on-premise, ou désormais cloud souverain ? 

Le sujet est abondamment traité, mais l’exercice de comparaison des différentes options reste rare. Cet article s’y attelle, en assumant une lecture des forces et des limites de chaque modèle. 

Trois modèles, trois logiques de compromis 

Il n’existe pas de « bon choix » universel, mais plutôt quatre modèles cohabitant dans l’écosystème SAP, chacun adossé à une logique de compromis différente. 

Le cloud s’appuie notamment sur les hyperscalers (AWS, Microsoft Azure, Google Cloud).  
Il propose la scalabilité maximale, un rythme d’innovation aligné sur celui de l’éditeur, et une intégration dans les contrats “Rise”.  
Sa principale contrepartie tient à la dépendance opérationnelle à un acteur non européen et à des coûts de sortie qui peuvent peser une fois le système ancré. Pour des données qui ne sont pas soumises à de fortes contraintes de souveraineté, le modèle reste pertinent et très  efficace.  

Lon-premise, une infrastructure maîtrisée par l'organisation, conserve une place réelle dans le paysage. Pour les entreprises ayant investi dans une infrastructure interne, disposant d’une compétence solide en exploitation et opérant sur des volumes stables, ce modèle reste le modèle le plus prévisible en coûts sur 5 à 7 ans.  
Sa contrepartie n’est pas technique mais stratégique : il limite l’accès aux innovations que SAP déploie en priorité sur le cloud, notamment sur l’IA générative et les services de la Business AI Platform (BAIP). 

Le cloud souverain, via SAP Sovereign Cloud (déployé en France notamment via les plateformes Bleu et S3NS et plus récemment par l’annonce de SAP de créer ses propres datacenters en France avec une qualification SecNumCloud 3.2 de l’ANSSI), ouvre une voie qui n’existait pas vraiment jusqu’ici : l’accès aux innovations cloud de SAP dans un cadre juridique, opérationnel et infrastructurel européen. 
Cette voie change la donne pour une catégorie d’acteurs identifiée : administrations, opérateurs d’importance vitale (OIV), opérateurs de services essentiels (OSE) et secteurs de défense. Jusqu’à cette annonce, ces organisations restaient souvent sur de l’on-premise faute d’alternative compatible avec leurs contraintes. 

L’hybridation, souvent la réponse la plus juste 

Présenter ces trois modèles comme s’excluant l’un l’autre serait réducteur.  
Dans bien des trajectoires, la bonne réponse est une combinaison. 

  • Une organisation peut conserver SAP S/4HANA en édition on-premise pour une partie de son SI, tout en basculant ses filiales ou ses lignes métier sur du cloud. Une autre peut adopter SAP S/4HANA sur le cloud sur la majorité de son périmètre, et n’héberger sur SAP Sovereign Cloud que les seuls informations et processus soumis à des contraintes de souveraineté.  

  • Une troisième peut articuler sa trajectoire dans le temps, en partant d’une solution sur le cloud et en y ajoutant un volet souverain au moment où ses obligations réglementaires l’exigent. 

L’écosystème SAP rend ces hybridations possibles, en garantissant la continuité applicative et l’accès aux services communs, quel que soit le modèle retenu pour chaque périmètre. Pour un DSI, cela signifie qu’il peut traiter chaque processus selon son propre niveau d’exigence, sans imposer une norme unique à l’ensemble du SI. 

 Les critères qui structurent la décision 

Un arbitrage sérieux ne se résume pas à une juxtaposition de critères. Celui-ci gagne à être pensé comme un curseur que l'on positionne contexte par contexte. Six critères structurent vraiment la décision. 

La nature et la sensibilité de vos données.Si vous manipulez des données de santé, de défense, des données personnelles à grande échelle ou des informations classifiées, la juridiction applicable au fournisseur d’infrastructure devient un critère premier. Une donnée hébergée par un acteur soumis au droit américain reste exposée au CLOUD Act, même lorsque les serveurs se trouvent physiquement en Europe. 

Votre exposition réglementaire.Un OIV, un OSE ou une administration n’a pas le même cadre qu’une PME industrielle. Les exigences SecNumCloud, DORA, NIS2 imposent des contraintes précises qui excluent mécaniquement certains modèles. Ce critère est largement binaire : s’il s’applique, il tranche une grande partie du débat. 

La maturité de vos équipes. Un modèle cloud, même souverain, demande une montée en compétences FinOps (gestion financière des ressources cloud) et de nouvelles pratiques d’exploitation. Les organisations qui ne préparent pas cette transformation traversent souvent une phase d’ajustement de l’ordre de 18 à 24 mois. L’on-premise reste plus confortable pour un DSI qui n’a pas encore engagé cette montée en compétences mais ne se tourne pas vers l’avenir. 

Votre rythme d’innovation attendu.Si vos métiers demandent l’accès rapide à l’IA générative, à la BTP ou aux services SAP les plus récents, l’on-premise devient structurellement limitant. La roadmap produit de SAP est désormais clairement cloud-first. 

Votre horizon budgétaire. Le cloud propose un coût lisse mais extensible. L’on-premise repose sur un investissement initial lourd, puis prévisible. Le cloud souverain est aujourd’hui plus cher que le cloud public, en raison d’une moindre mutualisation et d’exigences de sécurité renforcées. Le différentiel exact dépend du périmètre retenu, des services consommés et de la stratégie d’hybridation choisie. 

Le niveau dindépendance et de réversibilité que vous souhaitez préserver. Certaines organisations veulent conserver une part d’expertise internalisée, garder une marge de réversibilité, ou éviter de concentrer leur SI chez un seul fournisseur. C’est un choix stratégique qui peut conduire à conserver une part d’on-premise, ou à privilégier des architectures hybrides. 

Choisir le bon compromis pour son contexte 

Vous l’aurez certainement compris : chacun de ces modèles est un compromis cohérent dans son contexte et non une solution universelle.  

  • Le cloud souverain accepte un coût supérieur pour ouvrir aux secteurs régulés un accès inédit aux innovations SAP.  

  • Le cloud public échange une dépendance extra-européenne contre une agilité et un rythme d’innovation difficilement égalables.  

  • L’on-premise préserve la maîtrise et la prévisibilité au prix d’un accès plus limité aux nouveautés produit.  

  • Le cloud privé équilibre flexibilité et contrôle pour les organisations qui veulent avancer sans renoncer. 

  • L’hybridation, qui combine plusieurs de ces modèles, offre souvent la trajectoire la plus juste pour les SI complexes. 

Lavraie force de l’écosystème SAP aujourd’hui, c’est précisément de couvrir l’ensemble de ces options et de permettre de les combiner. Du cloud public hyperscalé au cloud souverain visant SecNumCloud, le DSI peut aligner sa trajectoire d’hébergement sur la réalité de son métier, de sa réglementation et de son horizon budgétaire, sans sacrifier l’accès au socle applicatif. 

La bonne question n’est donc pas « quel est le meilleur modèle ? » mais « quel est le modèle (ou la combinaison de modèles) le plus pertinent au regard de mon contexte actuel et à venir ? ».  

Et c’est une question qu’il faut se poser dès maintenant. Avec la fin de maintenance SAP ECC en 2027, la fenêtre de décision se resserre. Chaque organisation doit désormais faire son choix, dans un cadrage rigoureux fondé sur des critères pondérés. 

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