LeanIX, Signavio, Cloud ALM : la toolchain au cœur des projets SAP

par Vianney LE BLAN - Directeur Offres SAP
| minutes de lecture

Pendant longtemps, les programmes SAP se sont appuyés sur trois disciplines qui ne se parlaient pas. Larchitecture dentreprise documentait le patrimoine applicatif. La modélisation des processus vivait dans les directions métier. La gestion du cycle de vie applicatif était portée par les équipes IT.  

Trois sujets, trois cultures, trois outils, souvent étrangers à lécosystème SAP.  
Avec lacquisition de Signavio en 2021, celle de LeanIX en 2023, et la montée en puissance de Cloud ALM comme successeur de Solution Manager, SAP propose désormais une réponse intégrée à ce qui était jusque-là un problème éclaté.  

Trois disciplines, trois temps, trois cultures 

  • Larchitecture dentreprise raisonne sur le temps long. Elle cartographie les applications, leurs dépendances, leur trajectoire de modernisation. Ses interlocuteurs sont les architectes et la DSI dans ses arbitrages dinvestissement.  
    Cest le terrain de LeanIX. 

  • Le BPM (Business Process Management, gestion des processus métier) raisonne sur les flux.Il modélise comment les processus sont censés se dérouler, mesure comment ils se déroulent réellement, identifie les écarts. Ses interlocuteurs sont les directions métier, les responsables de processus, les organisations qualité. Cest le terrain de Signavio, y compris pour la fouille de processus (process mining), qui reconstitue le déroulement réel des processus à partir des traces laissées dans les systèmes. 

  • LALM(Application Lifecycle Management, gestion du cycle de vie applicatif) raisonne sur la livraison et lexploitation. Il porte la définition des scopes projet, les cas de test, les mises en production, la supervision des opérations. Ses interlocuteurs sont les équipes de delivery et de run.  

Ces trois disciplines n’ont pas la même temporalité. L’architecture pense en années, le BPM en mois. l’ALM en sprints ou en releases. Elles n’ont pas non plus le même vocabulaire. Une capability pour l’architecte, un processus métier pour le BPM, un scope d’implémentation pour l’ALM peuvent désigner la même réalité, sans qu’aucune des trois équipes ne s’en aperçoive. 

Ce que change un outillage natif et intégré 

Chacun de ces outils avait déjà ses équivalents sur le marché. Ce qui est nouveau, ce sont les ponts natifs entre eux. 

  • Lintégration standard entre Signavio et Cloud ALM est disponible depuis fin 2024.  
    Les processus cibles modélisés par les équipes métier dans Signavio sont synchronisés directement dans Cloud ALM, où ils alimentent les scopes dimplémentation.  

  • Lintégration LeanIX-Cloud ALM permet une découverte automatisée du paysage SAP. 

  • Lintégration LeanIX-Signavio relie les processus à leurs applications de support. 

Pris ensemble, ces ponts dessinent une continuité de bout en bout : d’une capability business documentée dans LeanIX jusqu’à un cas de test dans Cloud ALM, en passant par un processus modélisé dans Signavio. 

Concrètement, ce qui change pour les équipes projet, c’était surtout le poids des ressaisies. 
Un processus modélisé dans un outil de BPM, exporté en PDF, réinterprété par un consultant d’intégration, retraduit en scope dans un autre outil.  
À chaque traduction, une perte d’information, un risque d’écart, un délai de réconciliation. L’outillage intégré ne supprime pas ces étapes, mais il en réduit considérablement le coût. 

Une décision de gouvernance avant d’être une décision de produit 

L’intégration de ces outils ne se déclenche pas en cochant une case. Elle suppose un travail d’alignement des modèles de données qui peut surprendre les équipes habituées à des intégrations point à point. 

Chaque outil porte son propre métamodèle : 

  • LeanIX organise linformation autour de fact sheets standards.  

  • Signavio sappuie sur un dictionnaire dobjets et dattributs.  

  • Cloud ALM structure ses projets, ses scopes et ses processus implémentés.  

Faire dialoguer ces trois métamodèles suppose de trancher, attribut par attribut, quel système fait foi. Quelle est la source de vérité pour la liste des applications ? Pour la description des processus cibles ? Pour le statut dimplémentation ? Ces arbitrages ne sont pas techniques. Ils relèvent de la gouvernance de la donnée. 

Cest ce point qui distingue un projet dintégration outillée dune démarche de transformation. Loutillage est nécessaire, il nest pas suffisant.Sans une organisation capable de tenir ces conventions dans la durée, lintégration produit ses gains les premiers mois, puis sérode. Les attributs divergent, les synchronisations se cassent, et chacun retombe dans son outil. 

Trois conditions pour que la promesse tienne 

Sur la base de nos cadrages récents, trois conditions distinguent les organisations qui tirent réellement parti de cette intégration de celles qui en restent à limage de la brochure. 

  • La première est la maturité réelle des trois disciplines. Une organisation qui na pas de pratique darchitecture dentreprise constituée ne tirera pas grand-chose de LeanIX, sinon une cartographie qui se périme. Une organisation sans propriétaires de processus identifiés peinera à exploiter Signavio. Une organisation qui na pas formalisé sa pratique ALM utilisera Cloud ALM comme un outil de ticketing et de suivi de backlog. Loutil amplifie la maturité existante, il ne la crée pas. 

  • La deuxième est la clarté sur le rôle de chaque outil. Quand les trois fonctionnalités se recouvrent partiellement, la tentation est de tout faire dans celui quon connaît. Une équipe BPM expérimentée modélisera son paysage applicatif dans Signavio si on ne lui donne pas LeanIX. Une équipe ALM documentera ses processus dans Cloud ALM si Signavio nest pas adopté. Ces redondances ne sont pas anodines. Elles compromettent lintégration en amont. 

  • La troisième est la gestion du calendrier. La fin de la maintenance mainstream de Solution Manager fin 2027 crée une fenêtre naturelle pour engager une réflexion ALM. Cest une bonne occasion dinstruire le sujet sereinement. Ce nest pas une raison pour confondre cette transition imposée par le calendrier éditeur avec un projet plus large dadoption de LeanIX et de Signavio, qui relèvent de choix discrétionnaires et de maturités à construire. 

En conclusion 

LeanIX, Signavio et Cloud ALM ne sont pas des outils interchangeables. Ce sont les instruments de trois disciplines distinctes, que SAP a choisi d’outiller de façon cohérente.  

La valeur ne réside pas dans l’achat de licences. Elle se construit en faisant converger les pratiques, en alignant les modèles de données et en clarifiant la gouvernance qui les fait tenir dans la durée. 

C’est cette conduite, plus que les outils eux-mêmes, qui sépare une transformation SAP que l’on subit d’une transformation que l’on pilote. 

Search