L’évolution de la blockchain de consortium : de la phase d’expérimentation à la stratégie d’innovation

par Alexandre Eich Gozzi - Directeur de l'offre Blockchain, Sopra Steria | minutes de lecture

En 2019, 53% des personnes interrogées sur la pertinence d’une implémentation Blockchain au sein de leur organisation, considéraient la technologie comme essentielle à leur stratégie court-terme (<24 mois), soit 10 points de plus que l’année précédente. Toutefois, l’émergence de cette technologie ne passera que par la croissance et l’interconnexion des écosystèmes blockchains et surtout par l’évolution de projet blockchain de POC à l’industrialisation.

Les blockchains de consortium deviennent le point de convergence des acteurs qui souhaitent collaborer, dans un contexte où la confiance est difficile à accorder, sans faire de compromis sur la sécurité et la confidentialité de leurs données. Plus l’écosystème fédère un grand nombre d’acteurs, plus la technologie dévoile son potentiel en termes d’usages et permet d’obtenir un ROI intéressant. On peut distinguer deux approches permettant de donner vie à de nouveaux usages au sein des écosystèmes blockchain. La première, déjà éprouvée, consiste à identifier les besoins existants de la communauté pour les adresser grâce à la technologie, et la seconde à innover pour créer de nouveaux cas d'usage.

La blockchain, une solution aux besoins de l'écosystème

En permettant l’automatisation de la logique métier, la blockchain permet de résoudre certaines inefficacités et frictions existantes. C’est notamment le cas pour les secteurs très administratifs, comme celui de l’assurance, qui nécessitent en temps normal de nombreux échanges inter-industriels, lourds et chronophages.

Par exemple le consortium blockchain B3i, qui fédère plusieurs grands assureurs, a récemment lancé un produit de réassurance développé sur l’infrastructure open source Corda. Baptisé “Property Catastrophe Excess of Loss Reinsurance (Cat XoL)”, il s’adresse à la fois aux courtiers et aux compagnies d’assurance et a pour vocation de faciliter le transfert des risques et de réduire les frictions sur la chaîne de valeur dans sa globalité.

Dans le secteur bancaire, un consortium de 12 banques est à l’origine de we.trade, une plateforme blockchain qui a pour objectif de favoriser le financement du commerce international entre les banques, les importateurs et les exportateurs. Les données des transactions sont disponibles dans la plateforme et un système d’événements automatiques formalisés par des smart contracts permet de faciliter les échanges : ainsi dès que l’importateur confirme avoir bien réceptionné la marchandise, le paiement se déclenche automatiquement à destination de l’exportateur.

Après avoir identifié un frein pouvant potentiellement être résolu par la blockchain, à l’instar d’un processus qui gagnerait à être automatisé, il est nécessaire de démontrer la valeur ajoutée de la technologie en l’associant au bon cas d’usage. Si elle est suffisamment forte, alors il sera possible de générer un ROI conséquent à court-terme.

La blockchain de consortium est particulièrement intéressante car elle apporte de nombreux bénéfices aux membres de son écosystème : elle permet d’abord de simplifier les démarches clients. Elle facilite également les échanges intra-industriels : les entreprises peuvent transmettre de la donnée de manière certifiée, sécurisée et confidentielle, avec des accès de confiance paramétrés en fonction de leurs besoins. C’est par exemple le cas de Marco Polo, qui fédère plus de 25 banques et qui brise les silos en offrant aux entreprises de toutes tailles un accès sécurisé aux solutions de financement du trade et des fonds de roulement du consortium.

Si cette utilisation de la blockchain en réponse à des problématiques identifiées génère des bénéfices évidents, il ne faut pour autant pas limiter cette technologie à cette approche. D’autres opportunités sont à identifier afin d’exploiter tout son potentiel.

La blockchain au service de l’innovation

La blockchain va profondément transformer notre société sur certaines problématiques déjà identifiées tout comme sur d’autres, plus ambitieuses et longues-termistes. Cette technologie sera probablement la source de profonds changements sociétaux.  Les entreprises visionnaires d’aujourd’hui seront celles qui constitueront et fédèreront les écosystèmes de demain. C’est par exemple le cas d’Alastria, un consortium espagnol très prometteur qui explore les applications de la blockchain dans différents secteurs d’activité (finance, énergie, institutions légales…). Par exemple, le contenu de la blockchain Smart Degrees, qui permet d’enregistrer et de certifier les diplômes universitaires, est également notarié dans Alastria. Cela permet à la fois de mieux valoriser les diplômes, tout en apportant davantage de sécurité et en luttant contre la fraude. Par ailleurs, les diplômés restent entièrement souverains de leurs données.

C'est là qu’intervient une seconde approche qui consiste à se servir des caractéristiques de la technologie et de sa valeur ajoutée pour créer de nouveaux cas d’usage, insoupçonnés jusqu'alors.

C’est le cas avec la traçabilité augmentée, qui permet non seulement d’améliorer des processus existant notamment dans des secteurs lourds en formalités comme la supply chain, mais qui ouvre aussi de nouvelles possibilités. Le potentiel synergique entre la blockchain et l'IoT est à ce titre particulièrement intéressant puisqu’il permet aux objets d’interagir et de se payer entre eux de manière sécurisée. Ainsi, une machine à café connectée, anticipant une rupture de dosettes, pourrait directement commander via micro-paiement un nouveau stock auprès du système du fournisseur. Ce dernier se chargerait alors de préparer la commande et d’envoyer la facture à la machine à café, sans intervention humaine et de manière sécurisée.

Un autre cas d'usage prometteur réside dans l’identité auto-souveraine qui permet d'authentifier les données personnelles via la blockchain. Cette innovation permet à chaque individu de disposer d’une identité digitale et leur donne un meilleur contrôle sur leurs données personnelles, tout en facilitant leurs interactions avec les organisations. Dans ce cadre, une technologie comme le Zero Knowledge Proof permet de s’authentifier en tant qu’individu sans avoir à révéler son nom ou à donner son mot de passe.

Aujourd'hui, dans les secteurs les plus matures, la période d’expérimentation de la blockchain touche à sa fin et les acteurs se préparent à l'industrialisation. Si certains freins organisationnels et politiques restent encore à surmonter, les caractéristiques spécifiques à la blockchain sont devenues indissociables de l’évolution d’une société en quête de confiance, de souveraineté des données et de traçabilité. Au-delà de l’optimisation de l’existant, la blockchain peut donner lieu à des innovations vraiment fortes et porteuses de sens qui ne demandent qu'à être industrialisées. La place des acteurs de demain n’est pas encore déterminée et ce sont les entreprises visionnaires en capacité d’apporter une valeur différenciante qui constitueront les futurs écosystèmes.

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